Historique de la Diplomatie serbe et du Ministère des Affaires étrangères

 

Le tout début de la Diplomatie serbe date de la Serbie médiévale de Nemanjići, fin 12e et 13e siècle. Déjà le grand joupan Stefan Nemanja, fondateur de la dynastie Nemanjić et bâtisseur l'État médiéval serbe, fait preuve de son savoir-faire diplomatique en envoyant en 1188 son émissaire à Nuremberg, la capitale du Saint-Empire romain, auprès de l'empereur allemand Frédéric Ier Barbarossa qu'il rencontre un an plus tard à Niš. Cette députation est considérée d’ailleurs comme la première mission diplomatique serbe. A voir éclater un conflit autour du trône entre les fils de Nemanja, Stefan et Vukan, leur frère Sava intervient en tant que médiateur de la paix, renonçant au trône et faisant tout pour réconcilier les frères disputés. Ses efforts pacifiques et diplomatiques le rendent précurseur de la «diplomatie itinérante ou de la navette». Lorsque Vukan s’est retiré du trône en 1204, son frère Stefan devient le seul dirigeant doté de vertus d’un grand homme d’Etat et d’un grand diplomate. Il a été couronné en 1217 au monastère de Žiča, après avoir reçu la couronne royale du pape romain Honorius III. Cet acte a marqué la reconnaissance internationale de la Serbie. Déjà en 1219, son frère Sava obtint l'autocéphalie de l'Église orthodoxe serbe de l'empereur de Nicée Théodore Ier Lascaris et du patriarche de Constantinople Manuel I, qui fut élevé au rang d'archevêché, et il devint le premier archevêque serbe. La caractéristique de presque tous les dirigeants de la dynastie Nemanjić, en particulier Stefan le Premier couronné, était qu'ils ont habilement réussi à mener la politique étrangère du pays en balançant entre l'Occident et l'Orient, c'est-à-dire entre le pape de Rome, la Hongrie, la Byzance et  la Bulgarie.

L'État médiéval serbe a connu une grande avancée sous le règne du roi Stefan Milutin, qui a élargi les frontières de la Serbie vers le sud, et l'État a connu une importante hausse économique et culturelle. Toujours est-il, le plus grand développement de la Serbie au Moyen Âge a eu lieu sous le règne de Stefan Uroš IV Dušan - le roi, et à partir de 1346, l'empereur des Serbes et des Grecs. Il a élargi entre autres les frontières de la Serbie au sud-ouest et au sud, codifié la loi (Code de Dušan 1349, amendé en 1354) et élevé l'Archevêché de Žička-Peć au rang de Patriarcat de Peć/Patriarcat serbe. Toutefois, après sa mort et pendant le règne de ses successeurs, l'État serbe commence à faiblir et le pouvoir croissant va aux gouvernants régionaux qui commencent à passer des alliances et des accords non seulement entre eux mais aussi avec des pays étrangers. Après la bataille du Kosovo en 1389 et la pénétration des Turcs dans les Balkans, les gouvernants et les seigneurs serbes régionaux ont commencé à chercher le soutien des pays voisins en nouant avec eux les relations vassales (Empire ottoman, République vénitienne). Sous le règne du despote Stefan Lazarević, la Serbie a d'une part reconnu la domination turque et est devenue un pays vassal de l'Empire ottoman, mais elle a également reconnu la domination hongroise, soit elle était dans une double relation vassale. Sous son règne, les territoires des anciens seigneurs régionaux ont été de nouveau reliés et le pays a connu des progrès économiques. Son successeur, le despote Djuradj Branković, a introduit la pratique de l'admission des étrangers dans la fonction publique, en particulier les citoyens de Dubrovnik, soit leurs gouvernants qui, entre autres, assumaient la fonction d'émissaires diplomatiques (Poklisars), vu que la République de Dubrovnik avait un service diplomatique (des Poklisars) extrêmement bien organisé. Durant son règne toutefois la position du Despotat se met de nouveau à faiblir  et en 1459 tombe sous la domination turque, ce qui a officiellement marqué la fin de son indépendance et du statut d'État serbe dans son entier.

L'un des aspects de la Diplomatie serbe du Moyen Âge était la conclusion des mariages politiques avec les familles dirigeantes les plus puissantes de l'Europe d'époque (Stefan Prvovenčani avec Eudokia Angelina Komnene et Anne Dandolo; Stefan Vladislav et Belosava Asenina, Stefan Uroš et Hélène d’Anjou, Stefan Dragutin et Katalina Arpad, Stefan Uroš II Milutin et Simone Paléologue, Stefan Dušan et Jelena Stracimir, Đurađ Branković et Irène Cantacuzène), consolidant le pouvoir politique et réel de la dynastie au pouvoir et améliorant la position de la politique étrangère de l'État.

La création de la Diplomatie serbe moderne est inextricablement liée au début de la Révolution serbe en 1804, l'un des événements-clés, mais aussi un processus d’envergure de l'histoire balkanique et européenne de la première moitié du 19e  siècle. C'était la première d'une série de révolutions de libération nationale des peuples balkaniques (Révolution grecque, Soulèvements en Valachie et en Moldavie) au début du 19e siècle. Avec son déclenchement, une nouvelle phase a commencé dans la résolution de la Question d’Orient au cours du 19e siècle, caractérisée par le réveil des mouvements de libération nationale des peuples de la péninsule balkanique et au-delà, ainsi que le processus d'unification nationale et de création des Etats nationaux.

Les objectifs des insurgés visaient initialement mettre fin aux crimes des Dahis et instaurer l'ordre et la légalité dans le pachalik de Belgrade. Mais à la longue, notamment après la chute de Belgrade aux mains des insurgés en 1806, les objectifs de la révolution ont acquis un caractère plus large et plus ambitieux. Dès lors, la tâche principale devient la lutte de libération nationale contre l'Empire ottoman, conquérir l’autonomie, puis restaurer l'État serbe, suspendu par la chute du Despotat serbe en 1459.

Dès 1804, le tout début de l’activité diplomatique serbe apparaît. Par ordre du gouvernant Karadjordje Petrović, deux députations diplomatiques (missions) ont été envoyées à Petrograd et à Zemun dans le but d'obtenir le soutien diplomatique de la Russie et de la monarchie des Habsbourg, entre autres, pour les objectifs de la révolution. En termes de politique étrangère, les insurgés ont commencé à compter de plus en plus sur la Russie tsariste pendant ces années-là, qui en 1807 a envoyé Konstantin Rodofinikin en Serbie. Il a été le premier représentant étranger en Serbie insurgée. À l'initiative de la Russie, la paix d’Ičko de 1806, qui prévoyait l'octroi de l'autonomie aux Serbes au sein de l'Empire ottoman, n'a pas été acceptée. Une disposition similaire sur l'autonomie interne de la Serbie figurait dans le point huit de la paix de Bucarest de 1812, important puisque premier traité international à citer le statut de la Serbie.  Ce traité de paix fait ainsi internationaliser la question serbe.

Dans la première étape de la Révolution serbe, c'est-à-dire pendant le Premier soulèvement serbe, la Diplomatie serbe était pratiquement dirigée par le chef Karadjordje, même si la réorganisation du Conseil des gouverneurs en 1811 prévoyait la formation de tutelles (ministères), dont la tutelle des affaires étrangères. Le duc Milenko Stojković fut nommé premier popečitelj (ministre) serbe des affaires étrangères.

Le grand développement de la diplomatie serbe a commencé en 1815, soit au début de la deuxième étape de la Révolution serbe (Deuxième soulèvement serbe), lorsque le prince Miloš Obrenović a eu recours aux savoir-faire diplomatiques et aux négociations avec les autorités ottomanes comme un mécanisme efficace pour aboutir à l’atteinte des objectifs serbes nationaux et étatiques. Dès 1815, le prince Miloš envoya son premier agent diplomatique à Constantinople, et avant 1838, neuf députations sont passées par la capitale de l'Empire ottoman (août 1815, septembre 1815, juillet 1816, deux députations en 1820, mars 1827, février 1833, 1835  et avril 1838), négociant avec les autorités ottomanes sur les exigences nationales serbes. Le résultat de cette lutte diplomatique persistante a été couronné par l'octroi de l'autonomie, soit l'administration autonome interne à la Serbie par l'Empire ottoman. À travers trois hatti-chérifs (Edits nobles du sultan turc) de 1829, 1830 et 1830, les autorités ottomanes ont accepté de remplir leurs obligations et de donner l'autonomie interne à la Serbie, qui étaient auparavant stipulées au point huit de la paix de Bucarest de 1812, le point cinq de la Convention d’Akkerman de 1826 et le point six de la paix d'Edirne de 1829. Par ces hatti-chérifs la Serbie a reçu une autonomie nationale, c'est-à-dire interne, qui comprenait, entre autres, le droit au pouvoir législatif, l'héritage du titre princier de Miloš Obrenović, l’imposition forfaitaire annuelle, la liberté de religion, le droit à ouvrir des écoles, hôpitaux, imprimeries, l’indépendance de la justice, le retour de six nahias saisies, l’abolition de la féodalité. Il y a lieu de dire que le prince Miloš, en raison de sa virtuosité diplomatique, devient le premier diplomate serbe à succès.

Déjà au début du Deuxième soulèvement serbe, le prince Miloš a formé le Bureau du peuple, dont le champ d'action s'est étendu au fil du temps aux affaires de politique étrangère. Au sein du Bureau, en 1826, un département spécial des affaires étrangères a été créé, ayant des compétences relevant des affaires étrangères, séparé tout à fait d’autres départements. À la tête de ce département, dont le siège était à Kragujevac, se trouvait Dimitrije Davidović, l'un des Serbes les plus érudits, et le premier secrétaire du prince Miloš Obrenović. Davidović fut chargé également en 1834 et 1835 de la tutelle des affaires étrangères. En effet, il fut le premier Ministre des Affaires étrangères, vu que Milenko Stojković, le premier tuteur désigné aux affaires étrangères, n’a pas accepté cette fonction et que Miljko Radonjić est resté à la tête de la tutelle pendant très peu de temps.

Une fois l’autonomie acquise de la Serbie, les premiers représentants diplomatiques européens dotés de la classe de consuls commencent à arriver en Serbie. C'était une étape importante dans l'établissement de relations diplomatiques pleines et entières avec les puissances européennes les plus influentes du 19e siècle. La monarchie des Habsbourg a envoyé son premier consul Antun Mihanović en la Principauté de Serbie en 1836, la Grande-Bretagne a envoyé le colonel Lloyd Hodges en Serbie en 1837 et en 1838 la Russie a nommé Gerasim Vashchenko comme son premier consul en Serbie. Le chef de l’Agence consulaire française en Serbie depuis 1839 fut François Duclos. Ces consulats deviennent au fur et à mesure des consulats généraux, qui ont été ouverts dans les années et décennies suivantes par l'Italie, la France, la Prusse et la Grèce, tandis que la Roumanie était représentée au niveau d’une agence consulaire. L'arrivée de diplomates européens en Serbie a contribué à l'introduction de nouvelles coutumes, cérémonies et protocoles méconnus jusque-là. L'une des nouvelles coutumes était l'organisation des déjeuners et dîners officiels et des bals.

La Serbie a envoyé son premier agent diplomatique à Constantinople au début du Deuxième soulèvement serbe déjà. Cependant, ce n'est que la constitution turque de 1838 qui a officiellement autorisé les autorités serbes à désigner leur représentant diplomatique - agent (kapućehaja) à la Porte. Ce fut Jovan Antić, diplomate étant allé déjà à plusieurs reprises à Constantinople en membre de députations serbes. En 1816, le prince serbe, qui se rendait compte du grand enjeu de la diplomatie, envoie son agent diplomatique en Valachie, soit à Bucarest. Ce fut Mihailo Herman, homme jouissant d’une  grande confiance du prince serbe. Les autorités turques n'ont officialisé cette représentation que par un décret (firman) de novembre 1835. La pratique de coder les câbles diplomatiques en provenance de Constantinople et de Bucarest date également de cette époque.

La tutelle des affaires étrangères a subi la première grande réforme en 1834, lorsque le ministère de l'Éducation (des Lumières) était temporairement sous sa compétence. Après l'adoption de la Constitution de la Chandeleur en 1835, le Décret sur l'organisation du Conseil d'État a été publié, dans lequel les dispositions constitutionnelles étaient précisées, selon lesquelles les tutelles, y compris celle des affaires étrangères, représentaient les départements du Conseil d'État. Le décret précisait également les compétences du ministre des affaires étrangères, qui était le seul des six ministres à avoir un contact direct avec le prince, et la tutelle des affaires étrangères était intégrée au cabinet du prince.

La prochaine avancée importante vers l'organisation d'un ministère des Affaires étrangères moderne et professionnel a eu lieu le 28 mai 1839, lors de l'adoption du décret sur l'organisation du Bureau du prince, chargé de mettre en œuvre entre autre la politique étrangère de la Principauté de Serbie, soit gérer les relations entre les Serbes et les autorités étrangères. Le chef du Bureau du prince était à la fois représentant du prince et ministre des affaires étrangères. À la tête de ce bureau nouvellement créé, qui comptait treize fonctionnaires, se trouvait Avram Petronijević, l'un des dirigeants les plus célèbres du régime de défense constitutionnelle de la Principauté de Serbie et le secrétaire personnel du prince Miloš. La teneur des activités de la tutelle des affaires étrangères aux termes du décret de 1839 était beaucoup plus restreinte par rapports aux missions stipulées dans le décret de 1835.

Sous le règne des défenseurs de la Constitution, le Bureau du prince subit des changements et par décret du 7 novembre 1850, il fut divisé en départements administratif, judiciaire et étranger dirigés par les chefs. À l'époque des défenseurs constitutionnels, les compétences de la tutelle des affaires étrangères étaient souvent liées aux missions d'autres tutelles, le meilleur exemple en est Načertanije, le programme national et étatique de politique étrangère de la Serbie écrit par Ilija Garašanin, ministre de l’Intérieur, en 1844. Fin 1858, le bureau du prince subit une nouvelle réorganisation et fut ensuite divisé en un département administratif et un département des affaires étrangères. Enfin, avec les changements à partir de 1860, le bureau du prince a été divisé en deux: le bureau du représentant du prince et le bureau des affaires étrangères.

Avec la réforme de mars 1862, c'est-à-dire avec l'organisation de l'administration centrale de l'Etat de la Principauté de Serbie, les tutelles sont devenues des ministères et ont reçu des autorisations plus précises par rapport aux tutelles précédentes. Le nouveau ministère des Affaires étrangères a été constitué selon des principes modernes. Ses tâches comprenaient le maintien des relations avec d'autres pays, la conduite de négociations et l'exécution précise des contrats, la rédaction de contrats, de conventions et d'autres types d'accords, la protection des intérêts politiques, économiques et commerciaux du pays à l'étranger, l'assistance à ses citoyens à l'étranger, la nomination d’agents diplomatiques et consulaires à l'étranger. Une cérémonie diplomatique a également été introduite. En février 1868, une loi spéciale sur les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères a été adoptée, qui abolit les titres antérieurs (commis au protocole, greffier, archiviste, expéditeur) et en introduit d’autres (secrétaire de classe III, rédacteur de classe I, II et III). Sous le premier règne du prince Miloš, le bureau du prince et la tutelle des affaires étrangères se trouvaient dans le bâtiment du "Mali konak" (site de l’ancienne cour), et sous le règne du prince Mihailo Obrenović, siège du ministère des Affaires étrangères a été déplacé dans le bâtiment où se trouve actuellement le bâtiment de la nouvelle cour. Les ministres des affaires étrangères les plus importants avant  l'indépendance de la Serbie en 1878 étaient Dimitrije Davidović, Avram Petronijević, Dimitrije Matić, Aleksa Simić, Ilija Garašanin, Cvetko Rajević, Radivoje Milojković, Milan Petronijević, Milan Bogićević, Jovan Ristić, Filip Hristić, Jovan Marinović, Milan Piroćanac.

En gagnant l'autonomie en 1829-1833 seule une part d’objectifs de la révolution serbe a été atteinte. Il a fallu encore trente-quatre ans à la Serbie pour retrouver son statut d'État perdu depuis longtemps. Enfin, lors du Congrès de Berlin en 1878, elle acquiert une indépendance complète, une reconnaissance internationale et des extensions territoriales (districts de Pirot, Vranje, Niš et Toplica). L'accession à l'indépendance et à la reconnaissance internationale a créé les conditions d'un développement plus dynamique de l’activité diplomatique serbe et du ministère des Affaires étrangères. Aux termes de la Loi sur les représentations diplomatiques serbes et les consulats à l'étranger de 1879, et conformément au fait que la Serbie est devenue un État indépendant et internationalement reconnu au Congrès de Berlin, toutes ses missions diplomatiques à l'étranger ont été élevées du rang de consulat au rang d'ambassade.

Outre les ambassades à Bucarest, Constantinople et Vienne, la loi de 1879 a permis d'ouvrir des ambassades à Paris (1879), Saint-Pétersbourg (1879), Sofia (1879), Berlin (1881), Rome (1881), Athènes (1882), Londres (1880), Cetinje (1897). Les premiers envoyés extraordinaires et ministres plénipotentiaires serbes étaient: Milan Petronijević à Bucarest et Berlin, Filip Hristić à Constantinople et Kosta Cukić à Vienne, tandis que la fonction du premier ambassadeur serbe à Saint-Pétersbourg était exercée par Milosav Protić, à Sofia et à Athènes c'était Sava Grujić, Jovan Marinović à Paris, Filip Hristić à Rome et à Londres, et Aleksandar Mašin à Cetinje.

Peu après la fin du Congrès de Berlin, les grandes puissances européennes ont commencé à envoyer leurs plus hauts représentants diplomatiques en Serbie. La France a envoyé son premier ministre résident à Belgrade en 1879. C'était Jules Alexis Des Michels. Le premier émissaire extraordinaire d'Autriche-Hongrie en Serbie, Rudolf Khevenhüller, a été nommé en 1881. Les relations diplomatiques entre la Serbie et les États-Unis ont été établies le 15 juillet 1882, avec la nomination d'Eugene Schuyler comme ministre résident et consul général, tandis qu'Alexander Eben est devenu le premier envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire des États-Unis en Serbie le 29 juin 1894. En 1886 L'Allemagne a nommé ambassadeur à Belgrade Hippolite de Bray-Steinburg, qui avant était ministre résident. Le premier ambassadeur britannique en Serbie également à partir de 1886 était George Wyndham, ministre résident jusque-là. En 1890, la Russie nomma Alexandre Persiani comme son premier envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire en Serbie, qui fut à Belgrade en tant que consul général depuis 1878. La loi de 1879 a introduit pour la première fois le terme de service consulaire, dont seuls les États indépendants étaient dotés. Les consuls étaient divisés en deux catégories, ceux de carrière et honoraires. La Serbie a ouvert son premier consulat de carrière à Budapest en 1882 sous le nom de consulat général. Avec cette loi, la Serbie a commencé à construire les fondements de sa diplomatie moderne. En juillet 1882, les règles du service consulaire ont été adoptées, dans lesquelles les instructions pour l'exercice des fonctions consulaires ont été précisées, mais où sont régies aussi les fonctions générales des consuls.

L'une des étapes les plus importantes du développement du ministère des Affaires étrangères de Serbie a eu lieu en 1886, lorsque la première loi sur l'organisation du ministère des Affaires étrangères, des missions diplomatiques et des postes consulaires de Serbie à l'étranger a été adoptée, régissant en détail les missions et l’organisation du travail du ministère et restant en vigueur jusqu’à la proclamation du Royaume de SCS en 1918. Cette loi prévoyait entre autres la formation d'un Département politique très important, mais aussi la mise en place d'un département administratif, dirigé par les chefs du ministère. Le département politique, qui s'occupait entre autres des affaires confidentielles, était divisé en deux sections: politique et presse (bureau de presse). La loi prévoyait l'existence de trois grades diplomatiques: envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, ministre résident et chargé d'affaires.

La diplomatie serbe et son ministère des Affaires étrangères ont connu une autre réorganisation très importante en 1889, lorsque le département politique éducatif (propagande confidentielle) a été formé avec la tâche d'organiser la propagande et le travail confidentiel entre compatriotes hors frontières du Royaume de Serbie. Tous les consulats serbes sur le territoire de l'Empire ottoman étaient sous la juridiction de ce département. Alors que les années précédentes, les porteurs de propagande étaient des particuliers et, depuis 1868, également des membres du Conseil des écoles et des enseignants de l'ancienne Serbie, de Macédoine et de Bosnie-Herzégovine (Matija Ban, Nićifor Dučić, Miloš Milojević) ou des membres du Département des écoles serbes et les églises en dehors de la Serbie, formées en 1887 au sein du ministère de l'Éducation et des Cultes de Serbie, avec la formation du département politique et éducatif au ministère des Affaires étrangères, la propagande nationale a été élevée à un niveau plus haut et revêt un intérêt général aux yeux de l’État. Le premier chef du département était l'éminent géographe serbe Vladimir Karić, et après lui c’est Branislav Nušić qui a exercé cette fonction. Le rôle le plus important dans le travail éducatif national du ministère des Affaires étrangères et de son département politique éducatif a été joué par l'éminent scientifique, diplomate et homme politique serbe Stojan Novaković, grâce à son savoir-faire et énormes efforts la Serbie a réussi auprès des autorités ottomanes à ouvrir ses consulats à Skopje et à Thessalonique en 1887 et à Bitola et à Priština en 1889. En 1890, un corps consultatif spécial appelé le comité d’éducation a été formé au département politique éducatif du ministère des Affaires étrangères, réunissant les éminents scientifiques serbes (Nićifor Dučić, Stojan Novaković, Milovan Milovanović, Ljuba Jovanović, Ljubomir Kovačević, Panta Srećković). Ce comité traitait la question de la Macédoine et de l'ancienne Serbie.

La situation politique interne mouvementée en Serbie au début du 20e siècle, accompagnée du changement de dynasties, ainsi que la situation de politique étrangère turbulente dans les Balkans et en Europe, ont marqué le travail du ministère serbe des Affaires étrangères. Les efforts de la politique étrangère du Royaume de Serbie et de son ministère des Affaires étrangères au cours des premières années du 20e siècle se sont concentrés, entre autres, sur la protection des droits du peuple serbe dans l'ancienne Serbie, mais aussi sur les activités diplomatiques visant à sensibiliser les puissances européennes et l’opinion publique à la situation trouble dans cette région. Les émeutes en Macédoine en 1903, Guerre des douanes 1906–1911, Crise d'annexion 1908, guerres des Balkans 1912–1913 et les événements à la veille et au début de la Première guerre mondiale ont été un examen particulièrement délicat pour le ballet diplomatique serbe, qui dans ces situations de crise et de guerre a montré ses meilleures caractéristiques. C'est pourquoi la période entre 1903 et 1914 est appelée à juste titre l'âge d'or de la diplomatie serbe.

Dans la période qui a suivi le coup d'État de mai en 1903, plusieurs tentatives ont été faites pour modifier la Loi sur le ministère des Affaires étrangères à partir de 1886. Toutefois, ce n'est qu'en 1911 que le ministère des Affaires étrangères a été réorganisé, même si la modification de la loi n'a jamais été confirmée à l'Assemblée nationale. À cette époque, le ministère était divisé en cinq départements: politique, éducatif, administratif, liquidation et bureau de presse, très important par les temps turbulents qui ont suivi. Les fondements du bureau de presse en tant qu'unité organisationnelle à part du ministère des Affaires étrangères ont été posés après le Congrès de Berlin par l'écrivain Matija Ban, chef du ministère, et Carlo Betan, un Suisse qui était le secrétaire du ministère chargé des correspondances étrangères. Le bureau de presse a été créé en tant que département spécial du ministère des Affaires étrangères en 1885, et son premier chef est devenu Todor Stefanović Vilovski, un écrivain. Après l'exil du gouvernement serbe sur l'île de Corfou en 1916, le travail du ministère des Affaires étrangères a été renouvelé, qui, en plus de l’organigramme existant, reçoit un autre secteur - le Département yougoslave, dirigé par Ljubomir Nešić, secrétaire du ministère. La formation de cet organe était conforme à la Déclaration de Niš et à la politique du gouvernement serbe de 1914, brandissant comme son programme de guerre la libération et l’union de tous nos frères assujettis les Serbes, les Croates et les Slovènes.

De l'accession à l'indépendance à la fin de la Première Guerre mondiale, le ministère serbe des Affaires extérieures était dirigé par les diplomates serbes les plus éminents et les plus doués, les hommes d'État, les hommes politiques, les scientifiques tels Jovan Ristić, Dragutin Franasović, Sava Grujić, Dr Vladan Djordjević, Stojan Novaković, Čedomilj Mijatović, Milutin Garašanin, Nikola Pašić, Mihailo Vujić, Jovan Avakumović, Ljubomir Kaljević, Andra Nikolić, Sima Lozanić, Milovan Milovanović, Jovan Žujović, Jovan Jovanović Pižon, Mihailo Gavrilović, Stojan Protić. À cette pléiade, il y a lieu d’ajouter les plus éminents scientifiques, écrivains, journalistes serbes exerçant des fonctions de consuls serbes dans l'Empire ottoman, tels Branislav Nušić, Dimitrij Bodi, Milojko V. Veselinović, Vojislav Ilić, Vladimir Karić, Svetislav Simić, Svetolik Jakšić, Milan Rakić, Jovan Dučić.

Avec la création du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes en 1918, le ministère des Affaires étrangères du Royaume de Serbie a cessé d'exister, mais sa structure organisationnelle et ses diplomates professionnels sont devenus l’ossature du ministère nouvellement formé des Affaires étrangères du Royaume de Yougoslavie. Au début du mois de mai 1919, le décret portant organisation du ministère des Affaires étrangères, des missions diplomatiques et des consulats du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes à l'étranger a été adopté, mettant fin à la validité de tous les cadres juridiques sur l'organisation du ministère des Affaires étrangères de Serbie. Le nouveau ministère yougoslave des Affaires étrangères se composait de six départements (politique, administratif, consulaire - commercial, comptabilité, archives principales, bureau de presse). Une nouvelle qualité a été introduite: ministre- adjoint, remplaçant l'ancien titre du chef du ministère.

L’apport de la diplomatie du Royaume de Yougoslavie à l'initiative et à la formation d'organisations internationales (Société des Nations), et de plusieurs alliances régionales et européennes de la Petite Entente (Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Roumanie), du Pacte des Balkans (Yougoslavie, Roumanie, Grèce, Turquie) a été d’une grande envergure. Le Royaume de Yougoslavie a été à deux reprises membre non permanent du Conseil de la Société des Nations (1929-1932 et 1938-1939), et en signe de reconnaissance pour avoir été l'un des fondateurs de la Société des Nations, Momčilo Ninčić a été élu président de la 7e session de l'Assemblée de la Société des Nations en 1926.

Après le Dr Ante Trumbić, premier ministre des Affaires étrangères du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, la diplomatie du premier État yougoslave était dirigée par les éminents diplomates, hommes politiques et professeurs d'université serbes tels Dr Miroslav Spalajković, Dr Milenko Vesnić, Nikola Pašić, Dr Momčilo Ninčić, Dr Ninko Perić, Miloš Trifunović, Dr Vojislav Marinković, Bogoljub Jevtić, le Dr Milan Stojadinović, Aleksandar Cincar Marković, professeur Slobodan Jovanović, Milan Grol, Dr Božidar Purić. Pendant cette période, certains des plus grands noms de la science et de la culture serbe ont servi dans la diplomatie yougoslave, tel le journaliste Milan Jovanović Stojimirović, l'avocat Luj Bakotić, le professeur Djordje Djurić, le musicologue Petar Bingulac, le traducteur Vojislav Jovanović Marambo, le juriste Ilija Šumenković, l'écrivain Ivo Andrić.

Après la fin de la Seconde guerre mondiale et la création de la Yougoslavie socialiste, un nouveau ministère des Affaires étrangères a été formé, qui comprenait initialement du personnel diplomatique serbe du Royaume de Serbie et du Royaume de Yougoslavie, comme Stanoje Simić, Sava Kosanović, Pavle Beljanski, mais aussi des personnalités culturelles de premier plan comme l'écrivain surréaliste Marko Ristić. À l’époque, la Yougoslavie fut l'un des fondateurs de l’Organisation des Nations unies (l’ONU) en 1945, de la Conférence sur la sécurité et la coopération européennes (CSCE) en 1975, et était membre de l'organisation régionale de l’Alliance balkanique en 1954 (Yougoslavie, Turquie, Grèce).

La plaque tournante de la diplomatie du deuxième État yougoslave était la politique de non-alignement, qui était conforme au concept d'État, tout en maintenant de bonnes relations avec les États-Unis et l'URSS. En tant que l'un des fondateurs du Mouvement des pays non alignés, la Yougoslavie a accueilli deux conférences de cette organisation (la première conférence en 1961, la neuvième conférence en 1989), tandis qu'en 2011 la Serbie a accueilli une conférence des pays non alignés célébrant la jubilation du mouvement. Pendant la période socialiste de la Yougoslavie, le nom du ministère a été changé à plusieurs reprises (ministère des Affaires extérieures, ministère des Affaires étrangères, Secrétariat fédéral des Affaires étrangères). Les chefs de la diplomatie yougoslave venant de Serbie de 1945 à 1990 furent Stanoje Simić, Koča Popović, Marko Nikezić, Mirko Tepavac, Miloš Minić.

La sécession des quatre anciennes républiques yougoslaves au début des années quatre-vingt a imposé un renouvellement à la diplomatie serbe et une nouvelle formation du ministère serbe des Affaires étrangères. L’article 72 de la Constitution serbe de 1990 stipulait que la Serbie régirait et garantirait sa position internationale et ses relations avec d'autres États et organisations internationales. Au cours de ces années, la diplomatie serbe a dû faire face à la tâche difficile d’organiser son corps diplomatique dans les conditions de la guerre civile qui a eu lieu dans les républiques yougoslaves voisines et d’atténuer les conséquences négatives de la propagande menée contre elle. Même si  en 1991 le ministère est formé au niveau de la république et dans la période 1993-1994 il y avait deux ministères (serbe et yougoslave) le 19 février 1994 seul le ministère des Affaires étrangères de la RF de Yougoslavie poursuit son travail.

La diplomatie serbe et yougoslave a été confrontée à un défi particulièrement difficile en 1999 lors de l'agression de l'OTAN contre la RFY. Au cours de ces années mouvementées, le Ministère était dirigé par les diplomates de carrière Branko Mikašinović, Ilija Đukić, Vladislav Jovanović, Milan Milutinović et Živadin Jovanović. Goran Svilanović et Vuk Drašković ont été à la tête du ministère des Affaires étrangères de l'Union d'État de Serbie-et-Monténégro de 2003 à 2006, et lorsque la Communauté d'États de Serbie et Monténégro a cessé d'exister en 2006, la Serbie a de nouveau formé son ministère des Affaires étrangères. Dès lors jusqu'à présent, les ministres des Affaires étrangères de Serbie ont été Vuk Drašković, Vuk Jeremić, Ivan Mrkić, Ivica Dačić et depuis 2020 Nikola Selaković.

Prof. Dr. Aleksandar Rastović, chercheur